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Ce concept s'est appuyé sur les caractéristiques écologiques des po-
pulations naturelles, pour définir une espèce comme l’ensemble des or-
ganismes qui occupaient une même niche écologique. Là, le concept éco-
logique tenait compte des raisons générales selon lesquelles un processus
naturel de sélection limitait les croisements entre différentes espèces, en
précisant que la sélection naturelle limitait la formation d’hybrides parce
que ces derniers pouvaient ne pas être suffisamment adaptables. En par-
ticulier, les hybrides recevaient des gènes de deux espèces différentes, et
ces gènes, compte-tenu de la différence de passé évolutif des deux es-
pèces, pouvaient ne pas toujours interagir en synergie bénéfique.
En outre, les arguments théoriques concernant la définition du concept
d’espèce pouvaient encore être débattus aussi sur le terrain historique. Une
espèce visible au présent pouvait avoir une histoire évolutive qui durait de-
puis des millions d’années. Mais dans ce cas, comment distinguer une espèce
de celle qui l’avait précédée ? À quel point de la ligne évolutive pouvait-on
insérer valablement une ramification, une bifurcation, ou une divergence ?
Ni le concept morphologique (en raison de son caractère arbitraire), ni le
concept biologique (comment connaître les habitudes reproductives d’une
espèce éteinte ?), ni le concept écologique (il n’est pas toujours possible de
reconstruire les caractéristiques écologiques de formes fossiles) ne pouvaient
aider assez sur ce point.
Une solution plus pratique pouvait alors venir de l’école dite cladistique
(ou phylogénétique), où l’espèce était définie comme un ensemble d’orga-
nismes qui occupaient une ligne évolutive comprise entre deux points de
bifurcation. Ce qui pouvait atténuer une partie du caractère arbitraire de
subdivision d’une ligne évolutive. Un nouveau critère y faisait tenir
compte du passé évolutif connu de l’espèce, en définissant aussi l’espèce
comme une séquence de populations entre ses ancêtres et ses descen-
dants, séquence qui se développait séparément d’autres lignes évolutives.
On pouvait remarquer quoi qu’il en soit que ces différentes définitions
s’appliquaient à coordonner arbitrairement les nombreux aspects de la ré-
alité complexe des espèces, sachant que la variabilité étant la principale
norme naturelle constatée, on ne devait pas séparer artificiellement ce qui
relevait d’un continuum spatial et temporel naturel, par des outils concep-
tuels créés par l’Homme pour ses propres besoins. La réflexion prenait
aussi par là un caractère partiellement philosophique, car comme nous
l’avons remarqué précédemment, les genres, les familles, les classes,
n’existaient pas objectivement dans la nature.
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