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Ceci alors que, entre les événements de spéciation, le changement
          évolutif était très réduit ou inexistant, pendant une période que Eldredge
          et Gould appelaient une stase évolutive.

             Cette controverse a toutefois entraîné plusieurs études visant de façon
          sérieuse à étayer l’une ou l’autre théorie. Il restait encore beaucoup de
          travail à faire pour éclaircir les mécanismes macroévolutifs, mais la sti-
          mulation intellectuelle induite par ces deux théories différentes a été riche
          en perspectives et en éclaircissements. Ce qui a pu aller finalement au
          bénéfice d'une meilleure compréhension de l’histoire évolutive générale
          du vivant, y compris humaine, dans l'intérêt général.
             Car puisque l'étude de la macroévolution permettait de déterminer des
          taux d’évolution et des mécanismes producteurs de changement, cela im-
          pliquait une redéfinition probante des modalités selon lesquelles les transi-
          tions entre les entités biologiques s'opéraient réellement. Dans ces condi-
          tions, le traçage des mammifères et des oiseaux à partir de reptiles, le suivi
          de la conquête de la terre ferme par les amphibiens et les plantes terrestres,
          l’évolution évidente d’organismes pluricellulaires à partir d’organismes uni-
          cellulaires, tout cela a pu permettre de confirmer les modalités par les-
          quelles la vie avait atteint successivement sa richesse actuelle, jusqu’à pou-
          voir en extrapoler utilement des tendances futures.

             Au cours de cette redéfinition, une thématique intéressante des études
          de macroévolution a porté sur le phénomène de coévolution, terme par
          lequel se caractérise une évolution interdépendante d’espèces ayant une
          relation écologique identifiée, et qui tirent réciproquement bénéfice de
          leurs interactions. On peut citer l’exemple d’une espèce de fourmi large-
          ment répandue en Europe (Formica fusca), laquelle profite d’une subs-
          tance nutritive produite par un organe particulier d’un autre insecte, qui
          semble avoir de plus en plus produit cette sécrétion pour la fourmi.

             La fourmi, en retour, a protégé l’autre insecte contre des parasites
          nocifs. Ce phénomène symbiotique, bien répandu dans la nature, est ap-
          pelé mutualisme. L’évolution du comportement de la fourmi (défense
          contre les parasites) et celle de l’organe de l’autre insecte, sont étroite-
          ment liées. D’un point de vue évolutif, on peut imaginer que par protec-
          tion du liquide produit, la fourmi a eu tendance à décourager de plus en
          plus les parasites qui auraient pu affaiblir ou tuer cette fabrique ambu-
          lante  de  bonne  nourriture.  Ce  comportement  protecteur  a  avantagé
          l’autre insecte, y compris du point de vue évolutif, en valorisant ses or-
          ganes les plus actifs dans la production de la substance nutritive.



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