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Dans ce cas comme dans d’autres, a émergé une sorte de surenchère
tendant au renforcement des deux espèces. Ce type de mécanisme, pro-
duisant un changement évolutif commun, a été qualifié de coévolution.
D’autres exemples de coévolution sont dans des relations entre hôtes
et parasites, ou entre proies et prédateurs, puisqu'une amélioration des
capacités des uns peut nécessairement provoquer une augmentation des
capacités des autres, au cours du temps. L’évolution de systèmes immu-
nitaires, ou de systèmes nerveux, est ainsi souvent corrélée à des proces-
sus coévolutifs. Ce genre de course aux avantages réciproques peut être
mis en évidence quand on étudie des fossiles de proies et de prédateurs
du passé, et qu’on les compare avec des formes actuellement vivantes.
On remarque par exemple que souvent les dimensions du cerveau aug-
mentent au fil du temps, aussi bien chez la proie que chez le prédateur.
Plus le prédateur est rusé, plus la proie doit être rusée pour lui échapper,
plus la proie est rusée, plus le prédateur doit être rusé pour la capturer, et
ainsi de suite. Si l’intelligence d’une proie ou d’un prédateur est liée aux
dimensions du cerveau, on constate donc une augmentation du volume
cérébral chez les espèces concernées de proies et de prédateurs. Toutefois,
nous parlons ici de temps évolutifs à grande échelle (jusqu'à des dizaines
de millions d’années), et de séries temporelles adaptatives longues.
Ce concept ne peut donc pas s’appliquer tel quel à l’évolution humaine
moderne, qui est devenue exceptionnellement plus rapide, plus intense, et
plus puissante, que celle des autres espèces sur Terre. Il y a des limites à
l’anatomie comparée. Il serait notamment absurde de considérer comme
stupides ceux qui ont une tête apparemment petite, comme ont pourtant
tenté de le faire quelques savants égarés du 19 ème siècle. Le cerveau d’Al-
bert Einstein a des mensurations qui correspondent à la moyenne de son
époque. Cela devrait servir de référence à ceux qui tentent, par des argu-
mentations pseudo-évolutives, de justifier des préjugés ethnologiques
abusivement discriminants, dans un référentiel qui n’a rien de pertinent,
ni avec le contexte évolutif naturel réel, ni avec l’exceptionnalité humaine.
Nous pouvons conclure cet exposé en évoquant une contribution par-
ticulièrement impliquante du généticien japonais Motoo Kimura, dans la
mesure où l’importance de la sélection naturelle dans l’évolution a été re-
mise en question par sa théorie dite neutraliste. Selon cette théorie, fondée
sur une série d’observations effectuées au niveau moléculaire, l’évolution
serait essentiellement due à des mutations neutres en matière de sélection,
c’est-à-dire à des changements neutres en termes de fitness.
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