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En ce qui concernait l’espèce, l’analyse biologique, et peut-être aussi
          l’analyse écologique, traitaient de quelque chose qui existait clairement. Mais
          on ne pouvait pas en dire autant du concept cladistique, même qualifié
          d'évolutif, ni des classements qui avaient été définis à travers des attributs
          surtout morphologiques, et selon des choix arbitraires. Le critère morpho-
          logique résultait notamment d'apparences et d’appréciations en partie sub-
          jectives. Et dans la mesure où des regroupements étaient fondés sur ce cri-
          tère, on devait reconnaitre qu’ils n’existaient pas aussi distinctement dans la
          nature, et qu’ils n’étaient que des simplifications qui en facilitaient l’étude.
             En poursuivant ce raisonnement, il fallait définir aussi à quelle échelle
          l’observation et l’analyse restaient assez fiables. C’est pourquoi, quand on
          abordait des problèmes relatifs à des phénomènes qui avaient lieu à un
          niveau situé au-dessous de l’espèce, on parlait en termes de microévolu-
          tion. Inversement, quand on dépassait ce niveau d’observation, et que l’on
          commençait à observer les changements évolutifs à plus grande échelle, on
          devait plutôt raisonner en termes de macroévolution.
             Et une question importante qui venait quand on passait à cette échelle
          d’observation était de savoir si la macroévolution était une microévolution
          extrapolée sur une échelle temporelle plus grande, ou bien si elle était un
          phénomène à part, pas incompatible, mais qui faisait intervenir des méca-
          nismes et des analyses différents de ceux qui animaient la microévolution.

             C'est pourquoi le moyen principal dans l’étude de la macroévolution
          a été surtout la mesure du taux d’évolution d’une structure ou d’une es-
          pèce, principalement à partir de la datation des fossiles disponibles.
             Le taux d’évolution était effectivement mieux calculable, et plus fiable,
          lorsque beaucoup de fossiles étaient datés. Le calcul procédait alors d’une
          fonction de la différence entre la structure examinée chez l’individu le plus
          moderne et celle de l’individu ancestral, ceci étant divisé par l’intervalle de
          temps écoulé.
             L’étude de ce taux permettait, par exemple, de remarquer que le taux
          d’évolution  des  mammifères  avait  été  plus  rapide  que  celui  des  mol-
          lusques, et qu’en général les formes de vie les plus complexes avaient
          profité d'une évolution plus rapide que celle des formes les plus simples.
          En outre, il a été suggéré, toujours sur la base de l’étude des taux d’évo-
          lution, que les espèces tendaient à évoluer plus rapidement pendant les
          phases de spéciation plutôt qu’entre ces phases. Ce dernier thème a ali-
          menté des controverses sur la macroévolution, qui ont opposé les tenants
          de la théorie des équilibres ponctués aux tenants du gradualisme.


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